Droit des marques

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Pourquoi la marque notoire Playboy échoue en UDRP face à un site de « sex vacations » ?

Malgré la notoriété mondiale de sa marque, Playboy titulaire ne récupère pas en UDRP le nom de domaine PlayboyVacation.com utilisé par un site de « sex vacations » en République dominicaine. Le 13 août 2026, un panel de trois experts rejette la plainte de Playboy Enterprises International et laisse le nom de domaine à son titulaire.

Le contraste est saisissant.

D’un côté, Playboy. Une marque mondialement connue, associée depuis plusieurs décennies à l’univers masculin, au divertissement pour adultes et à la célèbre tête de lapin. De l’autre, PlayboyVacation.com, un site dont le titre annonce sans détour : « Sex Vacations In The Dominican Republic ».

Le site propose des séjours pour adultes dans des villas privées. Il met également en avant des « companions » disponibles pendant les vacances. Les clients peuvent notamment découvrir les profils des accompagnatrices avant leur arrivée et organiser leur séjour selon leurs préférences.

À première vue, le rapprochement entre PLAYBOY et ce site consacré aux vacances sexuelles semble donc particulièrement évident.

Pourtant, Playboy ne remporte pas son UDRP.

Cette décision est d’autant plus intéressante que le nom de domaine reprend intégralement la marque PLAYBOY. Pourtant, le panel considère que le titulaire dispose de droits ou d’intérêts légitimes sur le nom de domaine. Il estime également que la mauvaise foi n’est pas suffisamment démontrée.

Comment une marque aussi célèbre peut-elle donc échouer à récupérer un nom de domaine aussi proche de son signe distinctif ?

La réponse se trouve dans l’histoire du nom de domaine, dans l’activité commerciale développée depuis 2014 et surtout dans les preuves produites par le titulaire de PlayboyVacation.com.

Une marque célèbre Playboy face à un site de « sex vacations »

Le litige FA2606002229868 porte sur <playboyvacation.com>, enregistré le 7 septembre 2014.

Playboy Enterprises International dispose de nombreux droits sur la marque PLAYBOY. Sa notoriété ne fait guère de doute. Le premier critère de l’UDRP ne pose d’ailleurs aucune difficulté pour Playboy.

Le nom de domaine reprend intégralement PLAYBOY. L’ajout du terme « vacation » ne suffit pas à écarter la similarité.

Le panel considère donc ce premier critère comme satisfait.

Mais l’UDRP ne s’arrête pas à la comparaison entre une marque et un nom de domaine.

Le titulaire de la marque doit également démontrer que le défendeur ne possède aucun droit ou intérêt légitime. Il doit enfin démontrer que le nom de domaine a été enregistré et utilisé de mauvaise foi.

C’est précisément sur ces deux points que la stratégie de Playboy échoue.

Un positionnement commercial particulièrement sulfureux

Le contenu de PlayboyVacation.com donne au dossier une dimension particulière.

Le site se présente comme spécialisé dans les « sex vacations » en République dominicaine. Il propose des villas privées et des prestations destinées à une clientèle adulte.

Les « companions » occupent une place centrale dans la présentation commerciale. Le site explique notamment que les clients peuvent sélectionner leurs accompagnatrices et consulter leur profil avant leur séjour.

Cette présentation pourrait naturellement renforcer l’impression d’une volonté de profiter de l’univers associé à PLAYBOY.

Pourtant, le site ne reprend pas l’identité visuelle de Playboy. Il n’utilise pas le célèbre logo représentant la tête de lapin. Il ne reprend pas non plus le « trade dress » de la marque. Il ne fait pas référence au magazine Playboy, à Hugh Hefner ou aux autres activités historiques du groupe.

Le site affiche également un disclaimer indiquant qu’il n’est pas affilié à Playboy.

Ces éléments vont jouer un rôle important dans l’analyse du panel.

Douze années d’activité commerciale avant l’UDRP de Playboy

Le principal argument du défendeur repose sur l’ancienneté et la réalité de son activité.

Le nom de domaine a été enregistré en 2014. Depuis cette date, le titulaire développe une véritable activité commerciale sous le nom « Playboy Vacation ».

Il produit des éléments permettant de démontrer l’existence d’une clientèle, de témoignages et de références externes.

Selon les éléments examinés par le panel, l’activité génère plus de 650 000 dollars de chiffre d’affaires annuel. Le défendeur dispose également de personnel et exploite plusieurs villas destinées à ses clients.

Le panel ne voit donc pas un simple cybersquatteur ayant enregistré un nom de domaine correspondant à une marque célèbre.

Il voit une entreprise qui exploite depuis plusieurs années un nom commercial associé à une activité réelle. Cette différence est essentielle.

Une UDRP neuf ans après une première mise en demeure de Playboy

Un autre élément pèse lourd dans la décision. Playboy avait déjà contacté le titulaire en 2017 et lui avait adressé une mise en demeure.

Pourtant, aucune procédure UDRP n’a suivi à ce moment-là.

Playboy a finalement déposé sa plainte en 2026, soit près de neuf ans après cette première intervention.

Pendant cette période, le titulaire a continué à exploiter son activité. Il a également continué à investir dans son entreprise et à développer sa clientèle.

Le panel considère donc que cette longue période d’inaction constitue un élément défavorable à la démonstration de la mauvaise foi.

Il ne s’agit pas pour autant d’une application automatique de la théorie de la prescription ou du « laches ».

Le simple fait d’attendre plusieurs années ne prive pas une marque de son droit d’agir dans le cadre d’une UDRP.

Cependant, dans ce dossier, le délai prend une importance particulière. Il s’ajoute à douze années d’exploitation commerciale et à l’absence de preuve concrète d’une confusion entre le site et Playboy.

Le nom de domaine Playboy n’a pas été enregistré pour être revendu à Playboy

Playboy s’appuie également sur une proposition de vente du nom de domaine pour 12 000 dollars.

L’argument paraît potentiellement sérieux.

L’UDRP considère en effet comme un indice classique de mauvaise foi l’enregistrement d’un nom de domaine principalement destiné à être vendu au titulaire d’une marque.

Mais le contexte change complètement l’analyse.

Le titulaire propose de vendre PlayboyVacation.com après avoir été contacté par Playboy. Cette proposition intervient donc plusieurs années après l’enregistrement du nom de domaine.Le panel considère qu’elle peut correspondre à une tentative de règlement du litige. Elle ne démontre donc pas que le nom de domaine a été enregistré en 2014 dans le but de le revendre à Playboy.

Pourquoi Playboy ne récupère pas PlayboyVacation.com ?

La décision repose finalement sur une combinaison de plusieurs éléments.

Playboy possède une marque extrêmement connue. Le nom de domaine reprend cette marque. Pourtant, ces deux éléments ne suffisent pas.

Le défendeur démontre une activité commerciale réelle depuis 2014. Il utilise le nom « Playboy Vacation ». La structure dispose d’une clientèle et de revenus significatifs.

Il ne reproduit pas l’identité visuelle de Playboy. De plus, il ne présente pas son site comme un site officiel. Enfin, il affiche même un disclaimer.

Surtout, Playboy ne fournit pas de preuve concrète de confusion entre les deux activités.

Le panel considère donc que les deuxième et troisième critères de l’UDRP ne sont pas remplis. La plainte est rejetée.

Le nom de domaine PlayboyVacation.com reste ainsi enregistré au nom de son titulaire.

Cette affaire montre une nouvelle fois qu’une marque célèbre ne bénéficie pas d’un droit automatique sur tous les noms de domaine qui reprennent son signe.

La notoriété constitue un élément important. Elle ne dispense toutefois pas le requérant de démontrer l’absence de droit ou d’intérêt légitime et la mauvaise foi du titulaire.

Le caractère particulièrement sulfureux de PlayboyVacation.com rend cette conclusion encore plus surprenante.

Le site exploite certes un univers qui peut sembler proche de l’imaginaire historique de PLAYBOY. Cependant, le panel ne considère pas que cette proximité suffit à démontrer une intention de cybersquatting.

La décision ne signifie toutefois pas que PlayboyVacation.com est définitivement à l’abri de toute action.

Le panel précise qu’il ne tranche pas une éventuelle violation du droit des marques ou d’autres règles du droit national. Une action devant une juridiction compétente pourrait donc soulever des questions différentes.

L’enseignement de cette Playboy UDRP reste néanmoins très clair : même face à un nom de domaine qui reprend une marque mondialement connue, la preuve du cybersquatting doit être construite avec précision.

Dans cette affaire, l’ancienneté du domaine, la réalité de l’activité, l’absence de reproduction de l’identité Playboy, le disclaimer, l’absence de confusion démontrée et le délai de près de neuf ans entre la mise en demeure et la plainte ont finalement permis au titulaire de conserver PlayboyVacation.com.

Jean-François POUSSARD

Depuis 2004, Jean-François Poussard évolue dans le secteur des noms de domaine. Fondateur de Solidnames.fr, il écrit régulièrement sur les abus subis par les marques sur internet.